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Un soutien à Garzon

20 mai 2010 · 123 commentaires

L’Espagne se divise à nouveau aujourd’hui. Sur le cas Garzon… En octobre 2008, ce juge andalou a ouvert une enquête sur les exécutions sommaires et les disparitions lors de la guerre civile espagnole et sous la dictature de Franco. Après avoir abandonné cette enquête du fait de la pression, il a été accusé par le Tribunal suprême de n’avoir pas respecté la loi de 1977, et doit maintenant s’assoir sur le banc des accusés après la plainte des groupes d’extrême-droite « Manos Limpias » et la Phalange.

La loi d’amnistie de 1977 avait pour but officiel de construire une démocratie solide dans un pays enfin réconcilié. Basée sur le pardon, elle devait permettre un nouveau départ au peuple espagnol. La loi pouvait se résumer à « se pardonner l’un à l’autre sans oublier ». Pourtant, l’Espagne a beaucoup oublié et certains ont plus pardonné que d’autres.

 La guerre civile est une blessure encore ouverte en Espagne. Quand l’ennemi n’est pas « l’autre » mais le voisin, l’oncle, la cousine, le beau-frère, parfois le père, la réconciliation prend une tournure toute différente.

A presque 2000 km de là, il arrive que les enfants d’immigrés espagnols se posent des questions. Tel est mon cas.

Il ne faut pas minimiser les conséquences des démarches. Rouvrir un dossier si sensible signifie la réouverture de certaines plaies dont la division du pays. Il suppose également une remise en question d’une loi, donc d’un système judiciaire dans son entièreté. Il est certain que le pays doit tourner la page et sortir de l’impasse en s’accrochant à la démocratie.

Mais on ne peut demander à des milliers de familles de victimes de se contenter d’une loi créée par et pour les sympathisants franquistes. La loi d’amnistie n’est pas une demande de pardon de leur part. Elle n’a été qu’une opportunité pour certains de prendre place dans les hautes sphères espagnoles après la mort de Franco, sans obligation de rendre des comptes, sans avoir à se cacher, sans même s’en inquiéter. L’application de cette loi n’a été bénéfique que pour un camp. Et celui-ci se réveille aujourd’hui, il se cache derrière la démocratie qu’il a tant bafoué pendant 30 ans, pour justifier ce refus d’une justice.  Pour construire une société espagnole solide, il faut pouvoir se tourner sur son passé,  aussi violent soit-il. En jugeant les criminels, on ne réveille pas le conflit, on apaise les plaies. L’étape est importante, elle a pu se faire dans d’autres pays du monde (parfois avec l’aide de l’Espagne !). Aujourd’hui, le pays ne doit pas être une exception. Les droits de l’homme sont à mon sens plus importants qu’une loi nationale.

Le juge a été démis de ses fonctions, ce qui provoque de grosses contestations. Je vous invite de cette façon à rejoindre la manifestation contre la suspension du juge B.Garzon, le samedi 22 mai, à 14h, à la place du Luxembourg, à Bruxelles.

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